Iter, 10 ans déjà pour la fusion thermonucléaire en Provence

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Iter, 10 ans déjà pour la fusion thermonucléaire en Provence
Bernard Bigot, Directeur général d'Iter Organization
15 Novembre 2017 / Eco-Industries, Energies, Implantez, ITER

Le programme arrive à mi-parcours pour un premier plasma en 2025

Depuis 2007, le monde scientifique de l’énergie a les yeux rivés sur les  terres provençales de Saint-Paul Lez Durance. Dix ans après le lancement des travaux préparatoires de la construction d’un réacteur expérimental de fusion thermonucléaire, le programme Iter arrive aujourd’hui à mi-parcours pour un premier plasma en 2025. Sur les 3 200 personnes qui  travaillent quotidiennement sur le site, de nombreux ingénieurs et scientifiques étrangers découvrent le plaisir de la qualité de vie en Provence.  Bernard Bigot, directeur général d’Iter Organization, revient sur les grandes étapes de ce projet scientifique expérimental unique au monde.

Pourquoi la Provence a-t-elle été choisie pour accueillir le réacteur expérimental de fusion nucléaire ?

La détermination des responsables politiques nationaux et locaux ainsi que l’environnement scientifique et académique, avec l’expertise et les compétences du CEA-Cadarache dans le domaine de la fusion et les recherches conduites au sein d’Aix-Marseille Université, ont joué un rôle déterminant, tout comme les qualités propres du site, à l’écart des grandes agglomérations sans pour autant en être trop éloigné, la présence de ressources en eau et en électricité, la qualité des réseaux de transport aérien et ferroviaire… Nous bénéficions en effet de l’alimentation du Canal de Provence et sommes raccordés au réseau électrique européen. Dès 2002, les collectivités locales de la région Paca se sont engagées à apporter un soutien financier à hauteur de 467 M€ pour, entre autres, créer une école internationale à Manosque et aménager l’itinéraire Iter par lequel les pièces les plus lourdes sont acheminées.

2007-2017, déjà dix ans que le projet a démarré. Pouvez-vous en dresser un bilan et faire état des perspectives ? Quelles sont les prochaines échéances ?

Le consensus politique international sur la fusion a été formalisé en 2006. Un accord international d’une durée de 35 ans (2007-2042) a été conclu et à ce jour 60 % de la fabrication des composants et de la construction du bâtiment qui abritera le Tokamak a été réalisé. Le bâtiment sera achevé au premier trimestre 2020. D’ici fin 2017, nous allons commencer à assembler les composants de l’usine cryogénique. En 2019, nous démarrerons l’assemblage des éléments de la chambre à vide et des bobines verticales. Le premier plasma est prévu pour 2025. Dans sa globalité le projet représente un coût de 20 milliards d’euros.

Combien de personnes travaillent chaque jour à la construction ?

Au total, 3 200 personnes travaillent quotidiennement sur le site d’Iter. 2 000  interviennent directement sur le chantier et 1 200 sont mobilisés pour conduire le programme international. Parmi elles, 800 appartiennent  à l’organisation internationale ITER (ITER Organization) auxquels s’ajoutent 400 contractants hautement qualifiés. L’agence européenne pour Iter (Fusion for Energy), qui est responsable de la construction des bâtiments et le consortium Engage, comptent quelque 500 personnes sur site.

A cela, il faut ajouter le personnel des « Agences domestiques » des Membres d’Iter, soit 1 200 personnes qui travaillent en Chine, dans l'Union européenne, en Inde, au Japon, en Corée, en Russie et aux Etats-Unis pour gérer les contrats industriels de fabrication des composants dont ils sont responsables. 


Le programme Iter qui associe 7 membres représentant 35 pays, porte sur l’aménagement de 180 hectares à Saint-Paul Lez Durance. La plateforme qui accueille le réacteur expérimental de fusion thermonucléaire et son infrastructure industrielle occupe 42 hectares.

 

Peut-on mesurer l’impact économique d’Iter sur le sol provençal ?

A ce jour, le chantier a généré près de 6 milliards d’euros de contrats industriels (fabrications, génie civil) et de service en Europe. Plus de la moitié de ces contrats ont été attribués à des entreprises françaises, et sur cette moitié, près des trois-quarts sont allés à des entreprises de la région Paca. Chaque année, plusieurs centaines de millions d’euros sont ainsi injectés dans l’économie locale. Iter dépense 300 M€ en salaires et services de proximité (surveillance, comptabilité…) auxquels il faut ajouter les contrats industriels et la sous-traitance. De très gros appels d’offres portant sur l’assemblage de la machine sont lancés. Ces contrats débuteront fin 2018/début 2019 pour une durée de cinq à six ans.  Plus de 380 entreprises, PME et grands groupes, travaillent à l‘avancement du chantier. Et 80% d’entre elles sont des sociétés françaises...

La qualité de vie sur notre territoire constitue un réel facteur d’attractivité auprès des personnels qui viennent du monde entier. Les collaborateurs vivent à Aix, à Manosque, à Vinon, et dans les villages proches du site. 

Peut-on imaginer un jour que la fusion nucléaire fera partie du mix énergétique ?

La fusion nucléaire est une source potentielle d’énergie propre. Sans impact sur le climat et l’environnement, sûre et générant une production massive et continue, elle constitut une alternative majeure aux énergies fossiles. Iter vise effectivement à démontrer que la fusion peut contribuer à l’approvisionnement énergétique mondial. Pour la première fois dans l’histoire, nous allons pouvoir étudier un « plasma auto-entretenu » et les enseignements promettent d’être riches. Nous allons également beaucoup apprendre sur la gestion d’une installation de fusion et sur sa maintenance. Iter est un pas décisif dans la démonstration de la faisabilité industrielle et de la rentabilité économique de l’énergie de fusion.

Silhouette
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