Sommes-nous prêts à accélérer le transport fluvial depuis Fos ?

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Sommes-nous prêts à accélérer le transport fluvial depuis Fos ?
De g. à d. : David Patron (Sogestran Group), Fabienne Margail (Port de Marseille‑Fos), Martin Feraud (Union Maritime et Fluviale Marseille‑Fos) et Matthieu Vis (One Provence Promotion)
12 February 2026 / Industrie maritime, Investir en provence, Logistique

Développements et enjeux de l’axe Méditerranée-Rhône-Saône au salon Euromaritime

Le transport fluvial apparaît comme une solution stratégique pour décarboner la chaîne logistique entre le Port de Marseille‑Fos, Lyon et le nord de l’Europe. Lors du salon Euromaritime, un workshop organisé par le Port de Marseille‑Fos, a permis de faire le point sur l’axe Méditerranée-Rhône-Saône (MeRS) et les initiatives en cours pour renforcer sa compétitivité.

Trois acteurs clés — Fabienne Margail (Port de Marseille‑Fos), David Patron (Sogestran Group) et Martin Feraud (Union Maritime et Fluviale Marseille‑Fos) — ont détaillé les avancées et les perspectives du transport fluvial, modéré par Matthieu Vis (One Provence Promotion). Les échanges ont souligné des progrès concrets et des développements futurs, notamment pour répondre aux enjeux de décarbonation.

L’offre logistique du Port de Marseille‑Fos et de ses partenaires vise à massifier les flux et à doubler le report modal vers le fluvial d’ici 2040. «.Ce triplement des volumes fluviaux conteneurisés a déjà été observé depuis le début des années 2000.» a indiqué Fabienne Margail, cheffe du département solutions intermodales et passage portuaire du Port de Marseille Fos lors du workshop. «.C’est un levier majeur de réduction des émissions de CO₂, le fluvial générant jusqu’à quatre fois moins de CO₂ que le transport routier, de fiablité ainsi que de compétitivité.».

Long de 330 km, l’axe Sud MeRS entre Fos et Lyon a connu ces deux dernières années des avancées structurantes. Une zone d’échange dédiée aux barges fluviales sur les bassins ouest de Fos fiabilise désormais les opérations et limite les conflits d’usage avec les navires. Les barges conteneurs sont traitées directement sur des quais des terminaux maritimes permettant un transbordement optimisé. La mise en service début 2026 des améliorations ferroviaires sur les terminaux de Graveleau renforcera l’articulation entre rail et fluvial.

«.Avec Fos 3XL, nos capacités de traitement continueront de croître, avec des linéaires de quais accrus dédiés au fluvial et une priorité prévue sur les quai public.», a souligné Fabienne Margail, cheffe du département solutions intermodales et passage portuaire du Port de Marseille Fos.

Cette évolution s’accompagne de la numérisation de la chaîne logistique, avec le déploiement du Cargo Community System (CCS) à l’échelle de l’axe, le CI5 de MGI, un outil clé pour faciliter le partage de données en temps réel et optimiser les flux, notamment via la simplification des démarches douanières.

Un engagement fort des acteurs et des opérateurs

Cet ensemble de transformations du Port de Marseille Fos est soutenu par la Compagnie Nationale du Rhône (CNR) concessionnaire du fleuve depuis 1934 et acteur clé du développement de l’axe aux côtés des Voies Navigables de France (VNF).

Pour inciter les chargeurs à renforcer cette dynamique et pour assurer la régularité des services, des aides financières et un appel à manifestation d’intérêt ont été mis en place.

À ce jour, neuf barges conteneurs sont en activité sur l’axe. Globalement, le marché du fluvial à Marseille Fos est constitué de près de la moitié de vrac liquide et d’un quart de conteneurs.

«.Le transport fluvial demeure le mode le plus sobre en carbone pour le fret.», rappelle David Patron, directeur des marchés pétrole, chimie et gaz chez Sogestran Group. Via sa filiale Compagnie Fluviale de Transport (CFT), le groupe mise sur le développement du vrac liquide et des biocarburants pour renforcer sa flotte et son offre. Le mix énergétique (bioéthanol, HVO, e‑kérosène, GNL) se diversifie et les barges deviennent un complément indispensable du réseau de pipelines, alors que ces derniers atteignent leur pleine capacité.

En collaboration avec la capitainerie du Port, Sogestran a mis en place une procédure ship-to-ship pour transférer des produits chimiques dangereux directement des navires vers les barges, sans stockage intermédiaire, améliorant ainsi la compétitivité de la chaîne logistique. Sogestran mise aussi sur le branchement électrique à quai des barges pour réduire l’emprunte carbone de sa flotte d’automoteurs. La flotte actuelle compte une douzaine d’unités connectables à quai, avec de nouvelles mises en service prévues l’an prochain.

«.Notre objectif est de développer le modèle automoteur pour accompagner la transition énergétique. Facile à adapter avec de nouvelles motorisations, il consomme moins de carburant (jusqu’à -20 % selon les unités) et améliore l’efficacité énergétique du transport fluvial.», a ajouté David Patron.

Le momentum pour la filière

Les chargeurs disposent désormais de leviers pour accélérer leur report modal et réduire leur empreinte carbone en Scope 3. Avec le nombre croissant de barges sur l’axe MeRS, les capacités vont croître. Le projet de barge fluviale électrique et hybride de CMA CGM, prévoit de transporter près de 12 000 EVP par an.

«.Les entreprises privées investissent dans les outils de manutention et modernisent leurs équipements, ce qui améliore et fiabilise les conditions du report modal.», a expliqué Martin Feraud, président de l’Union Maritime et Fluviale Marseille-Fos (UMF). Le contexte est idéal pour accélérer le développement du fluvial et renforcer son rôle stratégique dans le transport de marchandises.

Depuis 2022, les réunions dans le cadre de la concertation portuaire OAZIP 2040 ont permis d’apporter des solutions structurelles pour dynamiser le transport fluvial. La réforme de l’aménagement du Rhône conduite par la CNR, a désigné de nouveaux opérateurs fluviaux dans un groupement porté par CMA CGM, avec un plan d’investissements de 40 M€ sur deux ans, dont 11 M€ financés par la CNR, pour moderniser le terminal Lyon‑Rhône, nœud stratégique du corridor entre Fos, Lyon et la vallée du Rhône.

«.Les acteurs logistiques et les ports doivent poursuivre leur travail concerté. Il s’agit de structurer l’offre sur l’axe, de capter davantage de trafic remontant le Rhône vers le nord de l’Europe et de développer les flux descendants à l’export via la Méditerranée.», a conclu Martin Feraud.

> Pour en savoir plus sur les opportunités fluviales sur l'axe Sud MeRS,  contacter Gayané Shahinyan, responsable de la filière Industrie & Logistique.